Pneumonie

PROTOCOLES

Voir aussi

Généralités

La pneumonie acquise en communauté est une infection aiguë du parenchyme pulmonaire causée par un agent pathogène microbien et survenant en dehors du milieu hospitalier.

  • Les virus sont les principales causes de pneumonies chez les nourrissons et les enfants d’âge préscolaire.
  • Bien que peu fréquent grâce à la vaccination, l’Haemophilus influenzae doit néanmoins être pris en considération chez les nourrissons de moins de 3 mois.
  • Quant à lui, le Streptococcus pneumoniae constitue le principal agent étiologique de la pneumonie dans tous les groupes d’âge (excluant la période néonatale).
  • Le Staphylococcus aureus est à évoquer dans les cas qui présentent des complications telles que l’empyème, la pneumatocèle, la nécrose pulmonaire ou les abcès pulmonaires.
  • Enfin, les bactéries atypiques (Mycoplasma et Chlamydophila pneumoniae) sont surtout à considérer chez les enfants de plus de 5 ans ainsi que chez les adolescents.  Le tableau clinique est alors plutôt subaigu avec une toux prédominante, des céphalées ou un malaise prolongé.

Voir aussi INESSS : https://www.inesss.qc.ca/formations-et-outils-cliniques/outils-cliniques/outils-par-thematiques/outils/pneumonie-infections-respiratoires.html

 

ÉVALUATION

Diagnostic différentiel

  • Bronchiolite
  • Asthme
  • IVRS/IVRI
  • Corps étranger
  • Coqueluche
  • Tuberculose
  • Insuffisance cardiaque
  • Myocardite
  • Embolie pulmonaire
  • Malformation, tumeur

Histoire

  • Présence/durée et surtout récurrence de la fièvre lors d’un IVRS/IVRI après une accalmie qui augmente la probabilité d’une surinfection
  • Présence/durée de la toux et caractéristiques
    • quinte, émétisante (ddx coqueluche possible)
    • sèche, nocturne, à l’effort (ddx asthme possible)
    • sèche, irritative, progressive avec atteinte de l’état général (ddx mycoplasme possible)
  • Douleur thoracique : peut évoquer une pneumonie ou autre complication (ex. épanchement, pneumothorax)
  • Douleur abdominale : peut évoquer une pneumonie de la base lorsqu’associé à de la fièvre et de la tachypnée par exemple
  • Antécédents pertinents nécessitant de redoubler de vigilance
  • Histoire médicamenteuse
  • Statut vaccinal
  • Histoire de voyage, nouvel arrivant ou contact tuberculose

Examen physique ciblé

L’évaluation doit rechercher les signes de gravité, incluant la prise de SV complets:

  • Saturation à la recherche d’une hypoxémie
  • Fréquence respiratoire à la recherche de tachypnée et l’évaluation de la détresse respiratoire incluant le tirage modéré à sévère, les geignements expiratoires (grunting)
  • Fréquence cardiaque, TA, perfusion, à la recherche d’une instabilité hémodynamique, une pneumonie pouvant être associée à un sepsis et un choc septique
  • L’état général incluant la léthargie
  • L’hydratation du patient
  • Les éléments pertinents aux ddx (par ex. sibillance et prolongation du temps expiratoire dans le bronchospasme, l’asymétrie dans l’aspiration d’un corps étranger, le galop et l’hépatomégalie dans la myocardite)

Investigations

Imagerie

  • Une radiographie devrait être envisagée pour éviter le surdiagnostic ou encore lorsque le diagnostic est incertain, lorsque l’enfant présente une hypoxémie ou une détresse respiratoire significative, lorsqu’une hospitalisation est envisagée, lorsqu’il existe une suspicion de complication, ou en cas d’évolution défavorable malgré un traitement approprié. Elle n’est cependant pas toujours nécessaire de façon systématique chez l’enfant stable avec une pneumonie non sévère pouvant être traitée en ambulatoire.
  • L’échographie thoracique est à privilégier pour caractériser un épanchement pleural ou empyème suspecté ou confirmé, particulièrement s’il est modéré ou important. Elle n’est pas nécessaire en cas d’épanchement para pneumonique léger.
  • Le CT thoracique devrait être réservé aux situations où l’échographie et la radiographie ne permettent pas de répondre à la question clinique ou lorsqu’une complication particulière est suspectée.

Bilans sanguins

  • Aucune analyse sanguine n’est requise de routine chez l’enfant avec pneumonie non compliquée traitée en ambulatoire.
  • Une formule sanguine complète, des marqueurs inflammatoires et une hémoculture sont indiqués dans les contextes suivants :
    • patient instable
    • pneumonie requérant une hospitalisation
    • patient non vacciné ou immunosupprimé
    • échec thérapeutique ou évolution clinique atypique
  • Un dépistage d’anémie falciforme devrait être fait si l’enfant n’a pas été dépisté. Le dépistage est maintenant systématique au Québec depuis avril 2016 mais ne l’est pas dans tous les pays donc à envisager si l’enfant n’est pas né au Canada.

Tests de détection des virus respiratoires

Les tests de détection des virus respiratoires sur les sécrétions nasopharyngées ne sont pas indiqués chez les patients ambulatoires. Ils peuvent être utiles chez les patients hospitalisés, car un résultat positif peut nécessiter l’utilisation d’antiviraux (en cas d’influenza) ou influencer la décision de maintenir ou de suspendre l’antibiothérapie. Le résultat peut également modifier les mesures d’isolement ou la gestion des cohortes en période d’éclosion.

Recherche de Mycoplasma et Chlamydia pneumoniae

Les prélèvements nasopharyngés à la recherche de ces pathogènes sont indiqués chez les patients avec des symptômes et une histoire suggestive d’une pneumonie à bactéries atypiques. Si un traitement empirique ciblant Mycoplasma et Chlamydophila pneumoniae avait été initié, il devrait être cessé suite à un résultat de test négatif.

PRISE EN CHARGE

Traitement

Nourrisson de < 1 mois 

Voir protocole fièvre chez le nourrisson de < 1 mois:

 

Nourrisson entre 1 et 3 mois

Couverture requise de l’Haemophilus influenzae puisqu’une seule dose de vaccin est reçue à 2 mois (délai de quelques semaines avant la production d’anticorps).

  • 1ère ligne : Amoxicilline-Clavulanate IV 150 mg/kg/jour ÷ en 3 doses
  • Alternative (si Amoxicilline-Clavulanate non disponible) : Cefotaxime IV 150 mg/kg/jour ÷ en 3 doses

 

Enfant de > 3 mois

Pneumonie virale présumée
  • Pas d’antibiotiques. Traitement de support.
Pneumonie bactérienne présumée
Tableau 1. Pneumonie non compliquée en contexte ambulatoire
a À la lumière d’essais randomisés récents, considérer un traitement de 5 jours chez l’enfant ≥ 6 mois sans aucune comorbidité.       bContrairement aux comprimés de 500 mg, les comprimés de 875 mg contiennent le bon rapport d’amoxicilline et de clavulanate (7:1). Au CHU Sainte-Justine, la dose maximale prescrite est donc de 875 mg PO TID pour favoriser la tolérance digestive.
Tableau 2. Définition du type de réaction allergique
Figure 1. Antibiotiques en cas d’allergie aux pénicillines pour les pneumonies non compliquées en contexte ambulatoire
Crédit : Dre J Autmizguine, CHUSJ 2026

 

En cas de réaction non sévère, Voir FOPR challenge à l’amoxilline sur le site de partage des FOPR:
Tableau 3. Posologie des choix alternatifs en cas d’allergie sévère/très sévère ou d’échec au challenge à l’amoxil, selon le type de réaction (voir algorithme)
a Le céfuroxime axétil en suspension est peu utilisé en raison de son mauvais goût. b À la lumière d’essais randomisés récents, considérer un traitement de 5 jours chez l’enfant ≥ 6 mois sans aucune comorbidité.

 

Tableau 4. Pneumonie non compliquée avec critères d’hospitalisation
a Consulter le tableau 2 pour la définition du type de réaction allergique

 

Tableau 5. Pneumonie compliquée ou sévère

a Consulter le tableau 2 pour la définition du type de réaction allergique

 

Pneumonie atypique présumée

Chez l’enfant de 5 ans et plus, un macrolide peut être ajouté au traitement en cas de forte suspicion d’infection causée par Mycoplasma ou Chlamydophila pneumoniae. Une recherche de ces germes sur un prélèvement nasopharyngé devrait être effectuée afin de cesser le macrolide si le test s’avère négatif.

Conseils de départ

Reconsulter si persistance de la fièvre > 48h après le début de l’antibiothérapie, ou avant si vomissements répétés, échec d’hydratation orale, échec répété d’administration, signes de difficultés respiratoires, détérioration de son état général, léthargie ou somnolence.

Considérer l’hospitalisation si
  • Âge < 3 mois
  • Enfant toxique/léthargique
  • Hypoxémie
  • Détresse respiratoire
  • Immunodéficience
  • Anémie falciforme
  • Pneumonie compliquée (par ex. : épanchement pleural, empyème, nécrose pulmonaire ou abcès)
  • Contexte épidémiologique d’un pathogène virulent / multirésistant
  • Déshydratation ou incapacité à tolérer les antibiotiques oraux
  • Non réponse à antibiothérapie orale
  • Incapacité d’assurer une surveillance adéquate à domicile
  • Possibilité d’une atteinte cardiaque

Quand référer

En pneumologie si

  • Suspicion de malformation pulmonaire (séquestre, pseudokyste pleural, malformation artério-veineuse, etc.)
  • Pneumonie récurrente au même endroit

Transfert vers un centre tertiaire

Transfert vers un centre tertiaire

  • Détresse respiratoire nécessitant un support respiratoire
  • Pneumonie compliquée (épanchement, empyème, abcès,…)
  • Signes de choc
  • Pathogène multirésistant
  • Maladie cardiaque ou pulmonaire sous-jacente
Numéro de téléphone : 514-345-4919 central téléphonique CCAR

 

Claire Sommelette (urgence), Ariane Boutin (urgence), Brigitte Parisien (pédiatrie), Caroline Chartrand (pédiatrie), Stephanie Tremblay (pharmacie), J Aumizguine (maladie infectieuse), Isabelle Chevalier (pédiatrie), EDT (urgence), J Blackburn (maladie infectieuse)

En ligne Sept 2026